Elis Comment dire ces mots passés dans la vision commune puis vivre ensemble désormais. Je tairai vos nuits bouche close (dedans le parloir noir où guérissent les mots) rares déjà comme un divin passé Ainsi je marcherai au rythme de mes pas comme aux sabots de bœufs lourds et bourbeux. Il n'y aura ni temps ni lieuque l'ordre des pensées. Chant I Las le vent ce soir s'est tu. Et les arbres -âmes sombres d'agités- pleurent leurs ombres défuntes hélas disparues. Chant II O Portes sombres et fêlées Portes du fleuve de nuit! -entremêlées de carillons j'écoute vague vos murmures. Vos Portes épouvantent ô nuit ! aveugle dans l'étreinte que je vois corps à corps du jour et de la nuit. Dans les champs de nuit bleue coulent combles tes heures vécues. Son chant l'enveloppe d'épis. Chant III 1 Bleu de nuit chrysalide aphade de râles bas tout mon âge oublieux parle de l'Océan. Oublieuse de l'âge chaque nuit porte de l'Océan les nouveaux germes de cocons. 2 Blanche larve lourde comme lait d'enfant éphèbe du verbe sans poussière s'écoule la lumière sur les blés chauds du globe bleu. 3 Écailles de gemme coquille pleine chrysalide de chair cocon de lumière! Chant IV Les lèvres communiantes Profonde est la nuit, l'immense, l'obscure mais constellée. -cependant,son ordre est sûr, et les pensées le chérissent, vase clos mais toutefois ouvert: tout y est flux en la mouvante fresque et l'ordre meut la vivante matière. On y entre plus avant dedans la Voie royale, aux pas de Portes Incertaines, tout de brumes envoûtées (il y a dans cet esprit comme un trou noir dans lequel cependant je puis tout voir) comme une porte célébrant, ombre guérisseuse, en cet ordre où tout demeure, où meubles et objets, plus lointaines formes de pensées, lorsqu'elles scintillent, cantiques asservis, aux claires voix grégoriennes, lorsque la nuit, la bienveillante, s'apaise, elle se tait la bouche close, comme au calice ces folles Erinyes communiantes, priant, la nuit, dans son étreinte tout doucement la mort. Mais elle, la terre, la souriante, lorsqu'elle se rouvre (ils iront dedans la nef haute aux colonnes assagies puis, au cimetière grave) elles referment, ces folles, se souvenant, silencieux, les yeux de leurs mains chaudes, -puisque tout finit et recommence- comme en l'extase pleine, dedans des jours plus longs, sans que jamais leurs mots ne se prononcent, tels qu'ils furent, mais désormais inhabités. Fête féconde! il faut fêter nos morts en la demeure du cours long élu. Chant V Océan de la profonde Nuit, Étoiles! points d'orgues de la Nuit, pierres secrètes mais vivifiantes demain, Vous, qui de tout temps savez, là, où se forgent les formes du temps-, lorsque le jour apparaîtra aux claires images du matin, l'esprit se rouvre comme fruit mûr, serai-je redevenu, comme le souffle doux s'accroît, si vite que l'on oublie la mort, au règne que l'on descend -elle ne fait qu'accomplir notre précieux destin - puis, comme des larves solennelles aux visages simplifiés de votre chant profond remontant vers la claire lumière? Et vos mains, -sans votre nuit, n'aurais-je jamais aimé votre clarté? ces doux cristaux du corps, hippocampes transparents comme l'enfant? Oiseaux noirs de l'azur, vous êtes revenus ! dans vos grands corps mystiques dedans le clair azur mais vous n'êtes que survivants illustres de cet ordre et lieu élus. Chant VI Insouciante jamais la nuit ne l'est mémoire féconde cours paisible de réalité, car vivre est se fondre en lui. L'arc: même extrême est son point de retour et de repos. Chant VII Deeper the flows Warmer the words. Lorsque renoué est à l'instant dans l'infini réalité souverain de seule mémoire scansion de vers tragiques (le deux fois né du lien cruel) les mots se compénètrent fruits lourds et mûrs aux lèvres charnelles -comme baies ! Mots qui encore nous obligent nous, qui ne vivons que de nos mues. En toute chose est la première fois car nous tendons à la racine. Chant VIII Mais notre terre dedans le corps parfois obscur aux vagues émouvantes comme des voix éparses couronnées de chants épiques ! Si l'on en croit le chant du coq lorsque les yeux se rouvrent matinaux dedans le clair azur les rayons se lèvent éloquents aux creux des collines accueillant le vent silencieux. Lasses le soir heureuses le matin aux meuglements de jeunes bœufs répondent des voix enfantines. Chant IX Elis Si lointaines mais pourtant vives comme nos voix demeurent en terre profonde aux chants de nos plus vastes plénitudes. Nous mûrissions aux joies profondes aux houles de blé mûri aux champs d'heureuse plénitude. enfant -coquille chaudement recroquevillée aux soirs nous accompagne l'antique cloche vive o sentes inassouvies! Elis! enfant -comme coquille chaudement recroquevillée le village repose silencieux au parterre des ans dedans la nuit profonde et bleue terre terrestre réconciliée. Chant X mes lèvres j'aurais aimé qu'elles puisent à la terre dedans l'enclos du verbe. Chant XI Elle clôt parfois ses lèvres - il repose au creux de l'épaule profonde comme une vague s'accomplissant que la nuit blanche et bleue engendre dit-elle- puis ne dit mot. |